A l’heure où le marché regorge de livres et de séminaires de développement personnel, il faudrait, peut- être, miser exactement sur la force que la littérature, quand elle est bonne, peut nous procurer.
La littérature, j’en ai la conviction, et sans avoir peur d’être ringarde, nous rend plus forts. Car, à mon esprit, et c’est ce que j’essaye de transmettre à mes élèves, son rôle ne doit pas être, et cela contrairement à la tendance du jour, celui de nous protéger excessivement. Elle a, par contre, la capacité de nous forger, tout en nous disant les quatre vérités. Un vrai lecteur doit avoir le dos dur, il ne peut pas être un mou. Courir le risque des pages bouleversantes, refuser le réconfort factice et éphémère des coachs de tout genre, faire le boulot de te connaître toi-même à la façon de Socrate, il faut miser sur la vraie littérature, pour y arriver !
Que nous lisons de moins en moins, c’est peut-être, normal. C’est un marqueur de notre temps qui peut s’avérer alarmant, mais contre lequel il faut lutter avec les moyens du bord, qui, heureusement, ne sont ni peu nombreux, ni peu alléchants pour notre jeune public.
Comme vivre avec son temps signifie connaître et, pourquoi pas, profiter un peu de tout ce qui nous entoure, les réseaux sociaux, les séries, les chaînes de transmission en masse pourront être exploités pour servir notre but . Ignorant leur apport pédagogique ne servira à rien, bien au contraire.
Je ne fais en aucun cas, l’éloge de tous ces médias hyper chronophages, mais je ne voudrais pas non plus les diaboliser, car cela signifierait presque faire faillite dans la classe. Ils font partie de notre vie, de notre univers scolaire, et c’est à nous de bien les gérer, les apprivoiser et les convertir en nos alliés.
Dans ce contexte et pour avoir un certain succès(et pas un succès certain), quant aux suggestions de lecture, je propose à mes apprenants une approche plus pragmatique de la littérature: je leur fais savoir qu’ils peuvent et même qu’ils doivent s’en servir aussi pour comprendre l’actualité. C’est-à- dire non pas juste pour une évasion. Pratiquer la lecture comme signe de lucidité et de courage, non pas juste comme moyen de rêverie ou comme signe de lâcheté (se réfugier dans un monde idéal, etc.)
Peut-être que le goût pour les écrivains et pour leur travail est un peu révolu, mais si on utilise la technologie et l’immensité d’outils que nous avons à notre disposition, le pari a de fortes chances d’ être gagné.
Le lecteur qui a toujours la tête dans le nuage ou la lectrice fleur bleue, c’est un peu passé de mode.
C’est donc comme ça que j’ose la littérature en classe de FLE. J’ai bien choisi le verbe : oser. Car, comme je viens de le montrer, on assume les risques. Et pourtant, ça peut marcher.
Et puis, bien choisir le livre, en fait, laisser le choix final aux élèves après leur avoir proposé plusieurs titres. Lorsqu’ on a la chance d’enseigner une langue dont la littérature est tellement immense, on n’a que l’embarras du choix.
Sensibiliser les ados quand nous avons, à distance d’un clic, une pléthore d’émissions littéraires enregistrées sur des chaînes comme YouTube ou Arte, tant d’interviews passionnantes avec des écrivains français, d’aujourd’hui et d’antan, des archives fascinantes disponibles et en accès libre et pour tous les goûts et toutes les préférences, cette mission devient un peu moins compliquée et beaucoup plus dynamique.
D’ailleurs le titre de mon article fait un clin d’œil à la fameuse émission littéraire des années 1990, réalisée par Bernard Pivot, Bouillon de Culture.
Lire pour lire, l’art pour l’art, oui, c’est beau et il y aura toujours des gens qui le feront, mais si on ajoute à cela les bienfaits de la littérature, notamment par cette approche pragmatique dont je viens de parler, quelle victoire ! Forger l’attention, la concentration, la patience, le sens du réel et, en même temps, avoir accès à des personnages et des histoires qui nous questionnent ou qui nous bouleversent –voilà le vrai gain et le vrai défi de la lecture.
Alors, ayant comme modèle à suivre l’engouement hors norme et hors temps des Français pour la page écrite, leur disponibilité de faire la queue à la librairie, lors des rentrées littéraires, ou diffusant de temps en temps, pendant nos cours, des extraits de la seule émission littéraire au monde qui est diffusée en prime-time( La Grande Librairie), continuons à croire à une école et à une classe de FLE où la lecture retrouvera toujours sa place, même si en doses modestes, imposées par le rythme de la contemporanéité.