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Revista „LUCEAFĂRUL” este o publicaţie de cultură, educaţie şi atitudini destinată sufletului neamului românesc. Considerăm că omagierea marelui român Mihai Eminescu, fondator al spaţiului cultural românesc modern, este o provocare şi o datorie de onoare a fiecăruia dintre noi, căreia îi putem da curs în nenumărate feluri. Cu credinţă în misiunea noastră, încercăm să contribuim prin această revistă la crearea unor repere culturale autentice şi stabile.

Francois Bœspflug, un grand théologien français

Primit pentru publicare: 25 dec. 2016
INTERVIURI
Autor: Tudor PETCU (dialog cu renumitul teolog francez, Francois Boespflug,  raportat la ultima sa carte)
Publicat: 26 dec. 2016
Editor: Ion ISTRATE

 

Francois Bœspflug, un grand théologien français

Pourquoi un grand théologien français de nos jours a décidé de quitter l’Ordre Dominicain? Entretien de Francois Bœspflug avec Tudor Petcu

1/ Pourriez-vous présenter en quelques lignes, pour nos lecteurs, le rôle que l’Ordre Dominicain a joué dans votre vie et l’influence principale qu’il a eue sur votre personnalité spirituelle ? Quelle a été la plus importante leçon spirituelle que vous avez apprise au sein de cet Ordre?

J’ai découvert l’Ordre dominicain en lisant le livre Un Ordre ancien dans le monde nouveau, écrit à ce sujet par un dominicain, le père Régamey, l’un des acteurs du renouveau de l’art sacré en France. Ce livre m’a éclairé et aidé à m’orienter au moment où, étant élève dans une école nationale supérieure d’ingénieurs, je m’interrogeais sur ma possible vocation religieuse. J’ai découvert, grâce à cette lecture, que cette famille religieuse avait mis en bonne place, dans ses constitutions primitives, il y a huit siècles, le principe du droit romain énonçant que : Quod omnes tangit ab omnibus tractari et approbari debet (« ce qui concerne tout le monde doit être discuté et approuvé par tout le monde »). J’ai été enthousiasmé par ce principe qui ne met pas au sommet de la spiritualité l’obéissance, la soumission silencieuse, mais l’examen, le débat, la réflexion, non pas tout seul dans son coin, mais en présence de tous ceux que cela concerne. Autrement dit, une vision de la vie communautaire chrétienne qui convient à des adultes intellectuellement équipés et aspirant à être responsables du cours de leur vie et solidaires de celles des frères de la communauté, en prêtant attention constamment et analytiquement aux personnes comme aux problèmes qui se présentent. Une des implications de la reprise de cette sentence juridique dans le cadre chrétien est que la charité, aussi bien que l’amour de Dieu lui-même, ne saurait se dispenser d’écouter soigneusement les mots de l’autre (de l’Autre). Une autre conséquence est, chez les dominicains, l’obligation d’étudier sans cesse, comme d’ailleurs c’en est une aussi dans la vie des Juifs adultes. Les dominicains sont (ou devraient être) des étudiants à vie. L’Ordre m’a donné en tout cas le goût voire la passion de l’étude incessante et m’a fait rencontrer les maîtres qui vivent en son sein, et apprendre beaucoup d’eux. De cela je lui suis durablement reconnaissant. Sur ce point, je reste décidément dominicain… et suis résolu à le rester jusqu’à mon dernier souffle.   

2/ Vous avez récemment publié le livre intitulé Pourquoi j’ai quitté l’Ordre, et comment il m’a quitté, où vous expliquez votre décision de renoncer à la vie religieuse que vous avez choisie alors que vous aviez vingt ans. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a poussé à écrire ce livre et à donner un tel témoignage ?

Après la clôture du concile Vatican II puis le choc de mai 68, beaucoup de religieux et de prêtres vont quitter leur état, en général sur la pointe des pieds. Combien ont-ils été exactement en France, en Europe ? Des centaines voire des milliers. Mais surtout, abstraction faite du nombre, pourquoi ont-ils renoncé à leur engagement, qu’en ont-ils dit, et qu’en sait-on ? Un silence pesant règne à ce sujet, qui prive l’Église de témoignages circonstanciés et modestes qui lui permettraient, sans avoir l’impression de se faire sermonner ou insulter, de regarder la réalité en face, de se poser les bonnes questions sur la vie concrète de ceux qui font vœu de célibat pour accéder au sacerdoce et d’entamer des débats voire des réformes. Ce silence est à mon sens typiquement un « péché par omission », un péché collectif et une grave offense à la charité mutuelle, qui contribue depuis des décennies à une véritable politique de l’autruche, drapée du manteau menteur des convenances : on se met collectivement la tête dans le sable, par n’avoir ni à écouter ni à regarder.

J’aurais pu, au moment de quitter à mon tour la vie sous le règne des trois vœux (obéissance, pauvreté, chasteté), me taire moi aussi : c’était tellement plus reposant ! Je n’avais pas vraiment besoin ni envie de me confier ni de me confesser ni de me raconter, j’avais largement de quoi m’occuper, des livres à écrire, des amis à fréquenter, et tout à coup une femme à aimer et des pays à découvrir ensemble. Mais j’ai eu le sentiment que je cèderais alors, en me taisant, à la paresse alliée à une certaine lâcheté. Bien des personnes ont tenté de me dissuader de m’expliquer par un écrit public, en m’appelant à l’humilité. Elle a bon dos, l’humilité ! Depuis quand veut-en faire l’alliée de la peur ? Mais j’ai tenu bon et me suis néanmoins entêté dans ce mien projet, qui a été, je le souligne à toutes fins utiles, de trouver des mots précis et pesés pour décrire, en dehors de toute théorie, de toute thèse et de toute agressivité, de manière aussi objective que possible, ce que j’avais vécu, les étapes par lesquelles j’étais passé, afin de fournir un document aussi fiable que possible à tous ceux qui aiment assez l’église pour ne pas d’alléger du souci de son avenir, et que les responsables, dans l’Église, voire dans la société, pourraient utiliser pour réfléchir et décider de la suite. Ce livre est tout sauf un brûlot, un cri, une vengeance, c’est une bouteille à la mer, ou une main tendue. Il serait absurde de le classer dans la littérature polémique ou anticléricale, comme certains se croient malins en le faisant.

3/ Etant donnée votre décision de quitter l’Ordre Dominicain, croyez-vous qu’un renouvellement soit-il nécessaire pour sa meilleure évolution à l’avenir ? Si oui, comment celle-ci serait-elle envisageable et réalisable?

Quand je suis rentré dans l’Ordre dominicain en 1965, nous étions 1050 dominicains en France. Ils sont aujourd’hui 500 environ. Cette évolution numérique n’est évidemment pas le dernier mot de l’affaire. Mais enfin c’est un secret de polichinelle que le nombre de prêtres et de religieux et de religieuses a connu depuis cinquante ans une baisse très importante, inquiétante pour le bon fonctionnement de la transmission de la foi et la vie de l’Église, et au sujet de laquelle il serait aveugle et coupable de ne pas s’interroger.

Comprenez-moi bien : je ne me prends pas pour un prophète. Mais avec l’évolution de la vie en société, de la manière de concevoir l’existence, de la circulation des idées, de la multiplication des rencontres et surtout de l’allongement de la durée de vie moyenne des individus, je ne crois pas qu’il soit intelligent ni réaliste de considérer que la vie religieuse et la vie sacerdotale pour se poursuivre indéfiniment comme sur des rails, sans rien changer. Et pour ce qui est de l’Ordre dominicain en France, je ne lui prédis pas un bel avenir s’il ne revient pas à une vraie discipline voire à une vraie mystique du débat régulier. Il est dans un état piteux. Actuellement, la vie de communauté est en passe de devenir une fiction, un faux semblant, chaque frère vivant finalement dans son coin, en dépit des apparences et de la règle elle-même. C’est de la reprise de la discussion attentive du vécu des uns et des autres que se dégageront les décisions à prendre et les réformes qui s’imposent. C’est aussi d’une lutte contre l’anti-intellectualisme rampant qui s’est infiltré dans l’Église et jusque dans l’Ordre qu’une évolution positive est à espérer. L’Europe d’aujourd’hui est en grand risque de manque d’intellectuels catholiques à la hauteur des enjeux actuels, et capables de se faire entendre. Où sont-ils ?

4/ On peut trouver sans doute dans votre livre toutes les informations souhaitables sur les raisons pour lesquelles vous avez choisi de quitter l’Ordre Dominicain. Cette décision elle-même peut-elle ou doit-elle être considérée comme une preuve de courage ? Quel rapport peut-on établir entre elle et ce que vous représentez pour l’Église Catholique et pour l’Ordre dominicain compte-tenu de l’importance de votre œuvre ?  

Quitter sa famille religieuse n’est ni confortable ni facile. A fortiori quand on a passé cinquante ans de sa vie (1965-2015) en son sein. L’on me demande parfois, sur un ton quelque peu narquois, comment j’ai pu autant tarder à prendre cette décision, et en me faisant comprendre que je fais du coup l’effet d’une planète lente, incapable de se décider rapidement, comme tant de conjoints se séparent promptement après tout juste quelques années de vie commune. La réponse est simple : j’ai beaucoup tardé parce que j’aime cet Ordre, et continue de croire en lui, en l’actualité de sa mission, en la pertinence de sa spiritualité. J’ai tardé à partir car je n’arrivais pas à m’y résoudre. Jusqu’au jour où, constatant que les frères avec qui j’avais un échange vrai et profond se faisaient de plus en plus rares, je me suis dit que cela n’avait plus guère de sens de rester pour rester, et de refouler cette formidable envie de vivre que l’on peut éprouver quand on a soixante-dix ans. Je ne sais pas s’il y a du courage dans cette décision, mais il y en a, et je rêve qu’il soit contagieux, dans l’envie d’être heureux, d’arrêter de mentir, de cesser de se résigner. Et il en faut surtout une bonne dose, je le reconnais, pour prendre la parole là où tout conspire à vous persuader de garder le silence, la famille, les travers habituels des soi-disant bonnes mœurs, l’Ordre et ses façons actuelles, l’Église hiérarchique : il y a souvent, parcourant tous ces niveaux sociaux, un solide consensus en faveur de l’absence de vagues…

Mon œuvre n’a rien à voir avec ma décision. Il n’y a pas de lien de cause à effet entre elle et l’ensemble des livres que j’ai publiés. Elle n’est pas la conséquence de mes recherches, et ne menace d’ailleurs pas le moins du monde la suite que j’entends leur donner. Au contraire : je suis plus libre que jamais de toute observance, et dispose de tout le temps souhaitable pour lire, réfléchir et écrire, débattre, répondre au courrier, nouer de nouvelles connaissances. Sauf que la vie est trop brève — j’aimerais en avoir reçu plus d’une en partage, car je rêverais de parvenir à boucler encore bon nombre de recherches. Mais ce que j’ai à faire désormais, comme déjà ce que j’ai publié auparavant, a le caractère d’une œuvre chrétienne, tout entière investie et commandée, dans son ton comme dans ses sujets de prédilection par la passion d’explorer qui est Dieu, de diffuser l’Évangile et le dogme tels qu’ils ont été peints ou sculptés au cours des siècles. De ce point de vue, je continue exactement comme avant ; et ce n’est donc pas de courage qu’il convient de parler en l’occurrence, mais d’endurance ou d’entêtement, comme on voudra.       

5/ En lisant votre livre avec beaucoup d’attention et d’intérêt, on en vient à se dire que la faiblesse morale pourrait être le plus visible défaut de l’Ordre Dominicain de nos jours. Etes-vous d’accord avec cette affirmation? Si oui, à quoi convient-il d’attribuer une telle faiblesse morale? Utilisant ce mot, je fais surtout référence à l’indifférence qui caractérise l’Ordre Dominicain et dont vous avez parlé dans votre livre.

Votre question nous installe vous et moi en position de juges de l’Ordre dominicain, ou de médecins dont on attendrait un diagnostic qu’ils se sentiraient capables de formuler. Je ne crois pas pouvoir consentir à endosser ce rôle. L’Ordre lui-même serait en droit de faire pareil, et je crois d’ailleurs qu’un certain nombre de frères dominicains ne s’en privent pas, mais je ne me soucierai de ce qu’ils pensent de moi que s’ils sont capables de me le dire en face (ce qui n’est pas le cas le plus courant, l’art de le faire sans détour se perd). De même, si par miracle une occasion se présentait de parler en présence de responsables dominicains, je n’hésiterais pas et serais même heureux que ce soit possible tant je crois tout à fait pensable de parler franc, quitte bien sûr à essuyer la réplique le cas échéant. Mais les lecteurs de votre revue ne sont pas situés ainsi.

Maintenant, puisque j’ai parlé de main tendue, et confessé ma profonde sympathie durable pour cette famille religieuse, je l’admets, ce que je raconte dans le livre suggère qu’elle est gangrénée par trop de situations en profonde contradiction avec les vœux, notamment celui de chasteté. Les situations de double vie, avec d’un côté la vie conventuelle et de l’autre, « en ville », une femme, parfois un ou deux enfants en prime, font de l’existence officielle de trop de religieux un simulacre. Il est sans doute heureux que certaines expériences provisoires puissent être tolérées, mais il est assurément malheureux que ces situations se prolongent sans qu’aucune interpellation ne vienne demander des comptes à ceux qui les vivent — je sais de quoi je parle. D’un autre côté, l’homosexualité militante y a trop souvent libre cours et complique, pour ne pas dire pervertit, le fonctionnement des institutions en créant des groupes de pression non déclarés mais puissants, aboutissant à des nominations truquées, où les mérites comptent assurément moins que les affinités sexuelles. De tout cela, il n’est à peu près jamais parlé dans les instances constitutionnelles, et il n’en est guère question que dans les propos d’alcôve. Et le pire est à mes yeux que ceux qui sont élus comme prieurs conventuels ou provinciaux, voire nommés comme membres de la curie généralice à Rome, ou tout simplement comme membres du conseil conventuel, estiment qu’ils sèmeraient la discorde en abordant les problèmes que je viens de dire, ce qui revient pour eux à se déclarer impuissants, capitulation piteuse et paradoxale de la part de ceux qui ont quelque pouvoir. Ou bien ils font savoir que le monde et l’Ordre ont changé, et que ce que j’ai pu connaître n’est plus qu’un mauvais souvenir. Le courrier que je reçois établit le contraire, sans parler de mes propres observations. Cinquante ans, cela permet d’en faire un bon nombre… et de repérer ce qui change vraiment, et ce qui dure.

6/ Comment percevez-vous maintenant l’Ordre Dominicain, après l’avoir quitté ?

L’Ordre est actuellement atteint, j’ose le dire, pour une maladie dangereuse, qui s’appelle la peur, ou le refoulement, ou les deux combinés, qui s’aggravant mutuellement. Peur de se parler de ce que vivent les uns et les autres en marge de la règle de vie officielle, refoulement des sujets potentiels de désaccord, de trouble, de contestation, de « révision déchirante » de l’écart, parfois profond, entre ce que l’on est censé vivre, et ce que l’on vit en réalité. Or, l’Ordre dominicain a vocation à être intrépide. La peur et la lâcheté ne conviennent à aucune communauté chrétienne, assurément, mais cela met en colère qu’elles atteignent une famille religieuse comme l’Ordre dominicain, qui a administré maintes fois dans son histoire la preuve qu’il avait le courage de se porter au front en prenant des risques. On rêve par conséquent qu’il encourage de nouveau les frères à vivre entre eux ce que saint Dominique a vécu avec l’aubergiste gagné aux idée cathares qui l’a accueilli : il a passé la nuit à l’écouter en essayant de le convertir à l’idée catholique que le Créateur de la matière, du corps et de la sexualité n’est pas un autre que le Sauveur et le Sanctificateur. Quand donc les frères recommenceront-ils à se parler, de ce sujet ou de tous les autres, toute la nuit s’il le faut ?

Tout cela contribue à me faire percevoir l’Ordre dominicain, du moins en France, comme un malade qui pour une part s’ignore. S’il a été mis en fâcheuse condition, ce n’est pas par des bandits de grand chemin, comme dans la parabole du bon samaritain, mais par la modernité et aussi, dirait-on, par le refus de se soigner soi-même. Et quitte à vous faire sourire, je file la métaphore parabolique et je vous dirais que je me sens peu ou prou dans la situation du héros de la parabole, prêt à lui venir en aide et à débourser pour cela de l’argent, du temps et de la peine. Y consent-il ? Accepterait-il de me tenir, sinon pour un bienfaiteur, je n’en demande pas tant, du moins comme un allié potentiel ? Mon livre, en tout état de cause, n’est pas pensé comme un acte d’accusation, mais comme la description relativement sobre de quelques-uns des endroits blessés du corps de cette communauté, là où cela fait mal, et qu’il y aurait donc à soigner. J’aimerais aider, dans ce contexte et me sens presque l’âme d’un brancardier.
7/ La publication de votre livre a-t-elle suscité des réactions ?

Depuis que j’ai quitté l’Ordre et publié le livre dont nous parlons, j’ai parlé avec quelques frères dominicains, mais très peu. Ceux qui m’ont écrit ont tous dit pour l’essentiel, et cela m’a touché et apaisé à la fois, que ce que je décrivais et avais vécu ne tenait en réalité ni à mon âge, ni à ma personnalité ni à mon caractère (bon ou mauvais), car trente ou quarante ans plus tard, ils avaient dû endurer substantiellement la même épreuve et constater en la déplorant la même situation, voire une situation pire.

J’ai reçu par ailleurs de nombreux courriers, écrits aussi bien par les religieux non dominicains, des prêtres curés de paroisse ou des laïcs, les uns croyants et les autres athées. Toutes ces lettres ou tous ces mails ont un dénominateur commun : ils affirment se réjouir tout uniment de ce que j’ai dit, et me remercient de l’occasion que ce livre leur apporte, m’assurent-ils, de mieux respirer, de se mieux comprendre. Ils vont jusqu’à me dire que je leur apporte la paix, je n’invente rien. Pour moi qui me suis demandé cent fois si je faisais bien de le publier, croyez-moi, ces réactions sont un bonheur de nature à me convaincre, si besoin en était, que c’est la vérité qui libère… à condition qu’on parvienne à la dire sans violence inutile. Les seules personnes qui se déclarent irritées par la publication de ce livre sont en définitive celles qui ne l’ont pas lu et refusent jusqu’à l’idée de le lire… Leur blessure est surtout d’amour-propre.

8/ Que conseilleriez-vous à quelqu’un qui désirerait entrer dans cet Ordre?

Il me paraît peu probable qu’un candidat à la vie religieuse dominicaine vienne jamais me consulter, mais admettons. D’abord, je lui dirais que je le comprends et me sens a priori proche de lui, ayant été moi-même dans la même situation… Ensuite, je lui ferais quelque chose comme une homélie musclée (déformation professionnelle acquise de longue date, je n’ai pas perdu l’envie d’en faire…), en lui recommandant à la fois la confiance théologale, celle que l’on accorde à cet Être mystérieux et bienveillant qui écrit droit avec des lignes courbes, et la curiosité pugnace, et en insistant sur ce dernier aspect de la spiritualité, trop peu souvent désigné comme tel, et en développant devant lui une mystique de l’attention aux mots d’autrui, comme l’un des plus sûrs moyens de rejoindre les personnes, qu’il s’agisse de celle de Dieu ou de celle du prochain. En aucun cas je ne chercherais à détourner ce candidat dominicain de son propos, bien au contraire… Même si l’Ordre m’a déçu, j’y ai vécu un demi-siècle formateur, enrichissant et très tonique, et ne suis pas prêt de l’oublier…   

 

 



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