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Le communisme de Roumanie et l’Occident, un Interviu cu istoricul francez Stephane Courtois despre comunismul românesc

Primit pentru publicare: 14 oct. 2017
Autor: Tudor PETCU
Interviu cu istoricul francez Stephane Courtois despre comunismul românesc și modul în care acesta este receptat în Franta.
Traducerea va fi publicată în numerele următoare.
Publicat: 15 oct. 2017
Editor: Ion ISTRATE

 

Le communisme de Roumanie et l’Occident

Une interview avec l’historien Stephane Courtois par Tudor Petcu

1.Le communisme de Roumanie a toujours été un sujet très intéressant au moins du point de vue de la recherche théorique. Les historiens ont accordé une grande attention à ce sujet en considérant que le communise a représenté un moment de l’histoire qui a détruit tant de consciences. Vous êtes un des historiens les plus connus de l’Occident du ce siècle qui fait une très profonde analyse du communisme de Roumanie. Quelles ont été les raisons pour lesquelles vous avez choisi faire des recherches concernant le communisme de Roumanie ?

En fait mon intérêt pour le communisme en Roumanie tient à plusieurs circonstances.

D’abord, dans les années 1980, j’ai fait la connaissance de ++++++++ qui était alors en exil et qui préparait une histoire du Parti communiste roumain. Et nous avons eu à plusieurs reprises de longues conversations qui m’ont été très instructives, en particulier sur le fait qu’un tout petit parti communiste d’avant guerre (quelques centaines de personnes) avait pu s’emparer du pouvoir et installer sa dictature grâce au soutien de Moscou.

Puis, en 1985, j’ai fait la connaissance de Boris Holban, de son vrai nom Bruhman, vieux communiste roumain d’origine bessarabienne dès la fin des années 1920. Exilé en France en 1938, Holban s’est engagé dans l’armée française en septembre 1939, a combattu durement en 1940, fait prisonnier, il s’est évadé et a rejoint les rangs du Parti communiste français. En 1942, il a été chargé d’organiser les groupes de combats des communistes étrangers contre les Allemands dans Paris et a ordonné de nombreux attentats contre l’occupant. Rentré en Roumanie après 1945, il est devenu général avant d’être purgé au début des années 1950 – il était juif, n’avait pas été sous le contrôle direct de Moscou de 1938 à 1945, et avait quatre frères dont 1 en URSS (en Bessarabie annexée par Staline), 1 en France et 2 aux Etats-Unis, qui tous avaient combattu dans les armées alliées contre le nazisme. De 1985 à 1989, je l’ai aidé à écrire et publier ses mémoires (Testament, Calmann-Lévy) où il racontait un certain nombre de choses sur le communisme roumain. Il est resté un grand ami jusqu’à sa mort et il m’avait raconté beaucoup d’autres choses qu’il n’a pas publiées.

En troisième lieu, lors de l’ouverture des archives du communisme à Moscou, dans les années 1992-1994, j’y suis allé à plusieurs reprises pour préparer une biographie de Eugen Fried, un juif hongrois qui avait pris la tête du PC tchécoslovaque puis qui, en 1929-1930, a été reversé dans l’appareil central du Komintern avant d’être envoyé en France en 1930 comme représentant plénipotentiaire auprès du PCF et son véritable patron (clandestin) jusqu’en 1939. Or Ana Pauker avait été envoyée en France en même temps que Fried, comme instructrice clandestine des jeunesses communistes, et elle a été en couple avec Fried dont elle a eu une petite fille en 1932, la petite Marie. J’ai fait la connaissance de cette dame qui habitait à Paris et à qui l’on avait fait croire qu’elle était la fille de Marcel Pauker, jusqu’à ce que je lui apporte en 1993 la preuve que son père était Fried. Et bien sûr je me suis intéressé de très près, avec les archives, à Ana et Marcel Pauker.

Enfin, en 1998, la Roumanie a été le premier pays où a été traduit le Livre noir du communisme, et j’ai été invité dès l’année suivante à l’Ecole d’été du Mémorial de Sighet. J’ai ainsi fait connaissance d’Ana Blandiana et Romulus Rusan – ainsi que de nombreux autres amis démocrates – et j’ai estimé que leur œuvre de mémoire et d’histoire du communisme était tout à fait remarquable et méritait un soutien maximum. Et donc, en dépit de mes charges de travail, j’ai accepté d’être le recteur de l’école d’été, même si je n’ai pas pu venir chaque année.

Vous conviendrez que toutes ces circonstances, qui convergeaient vers la Roumanie, ne pouvaient que me pousser à m’intéresser au communisme roumain.

2.La signification du communisme est bien connue presque partout dans le monde mais peut être le communisme de Roumanie n’a pas encore bénéficié jusqu’à maintenant d’une analyse rigoureuse a l’Occident. Mais je désirerais pourtant que vous me dissiez comment est connu en ce moment le communisme en France par exemple, comment a été analysé ce chapitre de l’histoire de Roumanie dans votre pays ?

Le communisme roumain est très mal connu en France. Mais c’est une habitude française de ne s’intéresser qu’à ce qui est français ! De toute manière, le communisme français est lui-même très mal connu en France et la vieille mythologie communisme continue d’y être puissante. Lors de la dernière élection présidentielle, le candidat procommuniste, Mélenchon, a fait presque 12% des voix. Et le communisme « culturel » reste puissant dans l’enseignement secondaire et supérieur, dans la recherche et dans les médias, sur la base de plusieurs mythologies : la Révolution française et Robespierre, la Commune de Paris, la révolution d’Octobre, le Front populaire, la Résistance à l’occupant nazi, Stalingrad et même la figure de Trotski. C’est la raison pour laquelle la publication du Livre noir du communisme, le 7 novembre 1997, a provoqué un énorme scandale. En particulier à propos de ma comparaison entre nazisme et communisme. Il ne faut pas oublier qu’en France, au cours des 6 dernières décennies, des millions de personnes sont passées par le Parti communiste et ont gardé pour celui-ci une certaine révérence.

3.Un moment très important de l’histoire communiste de Roumanie a été et sera certainement le phénomène Pitesti qui malheureusement n’est pas très bien connu même de nos jours. Vous avez été très intéressé par ce sujet et on sait que vous avez accorde beaucoup d’attention au phénomène Pitesti en réalisant des documentaires qui le présente dans une manière très objective. Quel a été l’impact des vos documentaires en France et pouvez vous me dire aussi si le phénomène Pitesti est connu actuellement dans votre pays ?

Le phénomène Pitesti est très mal connu en France, même si deux livres lui ont été consacrés : l’un de ++++ et l’autre d’Irena Talaban (Terreur communiste et résistance culturelle, 1999). J’ai d’ailleurs été membre du jury de thèse de Mme Talaban. Cette méconnaissance a, à mes yeux, deux raisons. D’une part, ce qui s’est passé à Pitesti est à peu près incompréhensible pour des Français qui n’ont jamais connu le communisme au pouvoir et n’arrivent pas à imaginer ce que c’était, surtout qu’ils ont été intoxiqués par 70 ans de propagande communo-soviétique. D’autre part, s’ils acceptent de prendre en compte ce qui s’est passé à Pitesti, beaucoup de Français qui ont été communistes ou philocommunistes, perdront leurs dernières illusions. Ils préfèrent rester dans le déni, le négationnisme, c’est plus confortable pour leur moral… même si ce n’est pas très moral. De toute manière, l’Europe occidentale en général n’a pas encore pris la pleine conscience de la tragédie vécue par l’Europe centrale et orientale sous la dictature communiste. Le Livre noir du communisme a fait sauteur un tabou, mais ça ‘est pas suffisant. Peut-être que le livre de Timothy Snyder, les Terres de sang, fera progresser la prise de conscience.

4.Différents penseurs et historiens ont affirmé à partir des années ’90 que le communisme était une autre russe de la raison comme tous les moments de l’histoire de l’humanité. Vous êtes d’accord avec cette affirmation ? Si oui pourquoi ?

Une ruse de la raison ? Je n’y crois pas. Les intellectuels qui ont soutenu le communisme (Sartre, Aragon, Eluard, et beaucoup d’autres) l’ont fait par fascination et par intérêt. Fascination pour le pouvoir, pour le pouvoir absolu, pour l’expression de la volonté de puissance que constitue le totalitarisme. Fascination pour la violence, pour le meurtre, pour le sang. On a d’ailleurs eu le même phénomène vis-à-vis du nazisme jusqu’à ce que celui-ci soit vaincu. Et intérêt, parce que ces gens là ont soutenu les partis communistes (en France, en Italie, etc…) quand ceux-ci étaient puissants, voire près de prendre le pouvoir en 1945-1946 et après. Ces intellectuels ont retiré de leur soutien au communisme d’importantes rétributions symboliques (acclamations dans la presse communiste mondiale, dans les meetings, réception personnelles par les grands dirigeants Staline, Khrouchtchev, Mao, Castro etc…) et de tout aussi importantes prébendes matérielles (voyages gratuits, droits sur des tirages de livres importants, etc.). Il n’y a là à mes yeux aucune ruse de l’histoire. Simplement le désir de profiter d’avantages, au prix du silence sur les crimes et la dictature. Et je parle en connaissance de cause, ayant moi-même été un militant maoïste très actif pendant plusieurs années. Tout homme moralement constitué pouvait rapidement comprendre que le communisme était une pensée, un mouvement et un régime criminel.

5.Un autre sujet important du notre dialogue serait, au moins à mon avis, la personnalité politique de Nicolae Ceausescu. Peut être je n’exagère pas du tout si je dis que sa personnalité a représenté tout à fait le vissage de la morale du dirigeant, un dirigeant pour qui d’ailleurs les autres, c’est-à-dire son peuple, n’étaient que des esclaves. Qu’est-ce que vous croyez sur la personnalité dont je parle maintenant, qu’est-ce qu’il a représenté à votre avis, non seulement pour la Roumanie mais aussi pour l’Occident ? Pas moins, je serais intéressé de savoir quelle est la signification de la politique du Nicolae Ceausesu dans les milieux académiques de France de nos jours ?

Bien entendu, comme Ceausescu et sa femme ont fini lamentablement, plus personne ne veut se montrer leur ami. Le cas de ce couple me semble emblématique de ce qu’a été le communisme et le totalitarisme en général : voilà deux personnages parfaitement incompétents pour diriger un pays mais qui, grâce à l’invention du parti totalitaire par Lénine, accèdent au sommet du pouvoir et peuvent donner libre cours à la volonté de puissance, à leur volonté de domination totale, à leur hyper-narcissime et à leur mégalomanie. Je vous renvoie d’ailleurs au remarquable petit livre de notre collègue Radu Clit sur narcissime et communisme (Cadre totalitaire et fonction narcissique, 2001), qui a soutenu sa thèse de psychologie à Paris il y a quelques années et dont j’étais membre du jury. Le communisme de Lénine et Staline est d’abord un phénomène psychologique profondément archaïque, qu’on a connu sous l’empire romain : l’homme se prend pour Dieu et ne connaît plus aucune limite à sa pensée et à son action. Et en général ça se termine très mal. Mais entre temps, d’innombrables victimes sont tombées. En ce qui concerne Ceausescu et sa femme, c’était allé si loin que même Gorbatchev ne pouvait plus supporter leur existence et s’est occupé d’organiser leur chute.

 



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